|
GILBERT, UN HUSSEIN-DEEN PASSIONNE D'AVIATION
Nous sommes en 1937 à Hussein-dey, en haut de la rue Négrier, dans les jardins de Michel Bosch (celui des chrysanthèmes).. Cela fait 3 ans que je suis né au 22 bis, rue de Constantine, au 4ème étage, "coté Mer". J'en profite pour vous présenter mon premier avion qui avait un élastique que l'on remontait et tournant l'hélice et en lâchant le tout, la "machine" s'envolait sur une dizaine de mètres. Quelle aventure ! Je suis en compagnie de Paul Garré, dont le papa avait un atelier de réparation de "T.S.F", comme on disait alors. Cet atelier se trouvait juste en face du passage à niveau de la gare sur notre belle rue de Constantine. Ce petit avion était un cadeau de mon oncle Marcel Pottier, un ancien de l'Armée de l'Air qui s'était distingué en 42/45 en Angleterre et qui a tenu le cercle de l'O.H.D. pendant les années de gloire. J'ai gardé cette maquette très longtemps pendue au lustre de ma chambre qui se trouvait alors au 1er étage du 24 rue de Constantine, toujours "côté Mer", et il a dû finir sa vie au cours de divers déménagements.
Gilbert RIPOLL et Paul GARRE en 1937
Nous voilà rendu maintenant en 2003, à Biarritz, où à la suite d'un caprice de mon fils aîné, Bernard, je me suis trouvé associé à un projet grandiose : celui de construire un avion, un vrai, dans lequel on pouvait "s'asseoir dedans". Construire est un bien grand mot, car il s'agissait d'assembler une grande quantité de pièces et d'éléments, de régler l'ensemble et de faire voler le chef-d'œuvre en respectant les réglementations en vigueur. Après le départ du transporteur qui a livré le kit, et que tout a été rangé sur le sol, l'ampleur du chantier m'apparut mais à partir de là, impossible de reculer.
L'avion en Kit
Le chantier a commencé les jours suivants et bien sûr, tout ne va pas comme prévu. Pièces manquantes ou non conformes, documentation incomplète, moyens insuffisants, il faut alors jouer les Mac Gyver ! Et, le plus rageant, c'est de supporter les curieux qui passent et qui viennent raconter leurs histoires d'avions pendant des heures, et le temps passe à écouter les bavards. Ceux qui ont connu cette ambiance de hangar, me comprendront....et pourtant un jour l'oiseau est sorti de sa cage.
L'avion presque terminé Le voilà presque terminé et je souffle un peu Les essais au sol du moteur ont été effectués pour s'assurer de son bon fonctionnement, et comme pour une voiture, de soigner son rodage. Ce n'est qu'une dizaine de mois après le début du chantier, qu'un pilote d'essais confirmé a donné vie à l'engin pour homologation. Et quelle émotion, à la fin du vol d'essai, d'entendre à la radio VHF: " Fin du test, je rentre, tout est bon". Il est homologué, mais il manque quelques finitions. Pour les puristes, voici quelques caractéristiques. Catégorie: ULM, masse maximum au décollage: 370 kilogrammes, biplaces côte à côte, vitesse de croisière 180 km/h pour 15 litres de super 98 à l'heure. Le moteur de 2 litres de cylindrée est australien. il développe 80 chevaux. Il restait maintenant quelques retouches à faire, mais dans ce genre d'aventure rien n'est jamais entièrement fini. Le voici en 2006 un peu plus fini. Je suis en compagnie de mon fils Bernard qui aurait dû naître à Alger le 26 mars 1962, mais vu les circonstances dramatiques de cette journée, le Professeur Jaillet a refermé le colis et ne l'a rouvert que le lendemain soir à l'hôpital Parnet.
Retour d'un vol
Entre ces deux avions, il y a eu, en vrac mais dans l'ordre, la maternelle de la rue Négrier avec Madame Cousteau, l'école Jules Ferry avec Monsieur Séguy (on disait le père Séguy), le collège du Champ de manœuvres et l'E.N.P.A de Cap Matifou. Je démarrais dans vie active par un premier passage à l'A.I.A de Maison-Blanche. A la fin de cette période, mes parents ont quitté le "24, rue de Constantine", pour s'installer à Fort de l'Eau. Le service militaire dans l'Armée de l'Air me fait encore retrouver des avions. Un second passage à l'A.I.A jusqu'à sa fermeture le 2 juillet 1963, termine ma période en Algérie. J'ai été muté au Centre d'Essai en Vol de Brétigny, mais ayant peu de sympathie pour le Grand Nord, j'ai préféré rejoindre le Centre d'Essais Aéronautique de Toulouse, situé un peu plus au Sud … Au fil des ans, l'heure de la retraite a sonné en 1994. Quelques années plus tard nous nous sommes installés à Biarritz près de l'Océan et des poissons, puis à nouveau le passé m'a rattrapé. RIPOLL Gilbert et Andrée (fille de Coco Vincenti).
Félicitations à notre Ami Gilbert pour la réalisation de ce projet hors norme, qui fait honneur à tous les Hussein-déens et qui démontre, si besoin était, la qualité de la formation, dispensée naguère, à l'Ecole Nationale Professionnelle de l'Air de Cap Matifou. G.P.
|