CINQ SIECLES D'HISTOIRE DES JUSTAFRE AEHD

DE LAS ILLAS à HUSSEIN-DEY

 

La généalogie est très en vogue aujourd'hui, aidée en cela par le développement de l'informatique et d'Internet. On pourrait donc la définir comme une science d'avenir qui nous plonge dans le passé. Cependant, compte tenu du temps consacré en recherches, on comprend mieux pourquoi ce sont les retraités, qui, bien que s'estimant toujours débordés, s'y adonnent principalement. Pour ne pas faillir à la règle, je profite de mon récent départ en retraite et du temps libre dont je dispose désormais pour essayer d'en savoir un peu plus sur mes ascendants. Cette démarche me semble logique. A mesure que l'on vieillit, on éprouve le besoin de retrouver nos racines, et, pour la plupart d'entre nous, celles ci sont multiples compte tenu de la diversité du peuplement de l'Algérie.

Sur mes quatre grands-parents, deux sont nés en Algérie, un en Espagne (près d' Alicante) et le dernier, mon grand-père maternel: André Justafré, en France, à Fitou, dans l'Aude, le 14 février 1865. C'est donc par lui, pour raison de simplicité, que je décide de débuter mon arbre généalogique. Je profite d'une invitation de nos amis Georges Mamo et Guy Sari à participer, en septembre 2000, au repas de la section PO de l'AEHD pour faire une halte à la mairie de Fitou. J'y récupère l'acte de naissance de mon grand-père et je découvre, par la même occasion, l'identité de mes arrière-grands-parents: André Paul Michel Justafré et Marie Fabre. Malheureusement, je ne peux poursuivre plus avant mes recherches car la mairie va bientôt fermer et je dois reprendre la route.

Rentré chez moi dans la Manche, j'écris sans succès à la mairie de Fitou. Les mairies ne font pas de recherches pour les particuliers. Elles se bornent à expédier les actes d'état civil qu'on leur réclame à condition de fournir des indications de dates très précises.

Justafré étant un nom principalement répandu dans les Pyrénées Orientales, j'envisage d'orienter mes recherches dans ce département. J'adhère donc à l'Association Catalane de Généalogie (ACG) afin de solliciter son aide. Les premiers résultats sont décourageants, il y a des Justafré dans plus de 100 communes et des Fabre dans près de 60. Il faudrait des mois de recherches à plein temps, de la part des bénévoles de l'association, pour trouver la moindre trace, ce qui est proprement impossible. On me propose donc d'insérer un avis de recherche dans le bulletin d'information de l'association, dans l'espoir que quelqu'un se manifeste.

Et puis, la situation se débloque. J'apprends par des cousins qu'un jeune homme, nommé Olivier Justafré, les a contactés, il y a une dizaine d'années, car il a entrepris de recenser, à partir du Minitel, tous les Justafré de France et de Navarre pour tenter de reconstituer les liens qui les unissent. J'arrive à le retrouver et à prendre contact avec lui. C'est un adulte maintenant qui a changé de domicile à cause de son travail. Il m'explique qu'il a autrefois mis à profit ses vacances scolaires pour se livrer à un énorme travail de recherche, tant à la mairie de Fitou qu'aux archives départementales à Perpignan. Il me fait parvenir le résultat de ces travaux. Me voilà renseigné sur mes ancêtres Justafré à partir de 1750.

Pendant ce temps, l'avis de recherche a produit son effet. Un membre de l'ACG me contacte et me signale qu'une thèse, consacrée aux Justafré, vient d'être soutenue, en 2001, au département Histoire de l'université de Toulouse Le Mirail. Il me communique également les coordonnées de son auteur: Monsieur Marc Justafré, auprès duquel je me procure le CD room sur lequel les travaux de thèse sont consignés.

Je fais tirer le CD room et surprise, je me retrouve avec un document de 900 pages. C'est un travail remarquable qui a nécessité quatre années de recherches et qui me propulse cinq siècles en arrière. Du coup, je sais tout ou presque sur les Justafré.

Curieusement, c'est à deux pas du domicile de deux des principaux responsables de l'AEHD que se situe le berceau des Justafré : Las Illas, un petit village des Pyrénées orientales, entre Albères et Vallespir, tout près de la frontière espagnole.

Au milieu du 19ième siècle, c'est la seule famille de la commune dont la présence est attestée de manière permanente depuis 1497 et certains documents font état de l'existence de Justafré sur place un siècle auparavant.

Selon l'étude de l'origine des noms, Le nom de Justafré serait composé d'une racine latine: Just (de justus qui signifie juste) et d'une racine germanique: frid (qui veut dire paix). Il dériverait de: Giscafré, un nom d'origine purement germanique, qui indique probablement une lointaine ascendance wisigothe.

Le premier Justafré clairement identifié se prénomme Bernard. TI décède peu avant 1504. Deux générations plus tard, au milieu du 16ième siècle, il existe trois branches Justafré à Las Illas. La branche aînée et la plus jeune vont s'éteindre progressivement, entre la fin du 17ième et le début du 18ième siècle faute de postérité male. Seule la branche médiane va se perpétuer jusqu'à nos jours, en se ramifiant et en se dispersant, au fil du temps, et au gré des alliances, à travers les Pyrénées orientales et quelques villages espagnols frontaliers.

Les Justafré issus de cette branche sont aisés. Nombre d'entre eux sont des propriétaires fonciers. La famille jouit également d'une certaine notabilité puisqu'elle fournit à la commune une longue liste de bailles, fonctionnaires en charge des pouvoirs de police et de justice.

Au 18ième siècle, on trouve, à Las Illas, deux personnages centraux: Joseph Justafré (1663-1749) et son fils Pierre Martin Sylvestre (1691-1769). Tous deux sont aînés de famille et ont à ce titre hérité du patrimoine familial suivant le principe de l'heretament qui consiste à transmettre à un héritier désigné la quasi-totalité des biens. Ils ont en commun une nombreuse progéniture et vont s'efforcer, par une politique d'alliances matrimoniales avec d'autres familles des environs, de consolider le patrimoine foncier de la famille.

Pierre, l’un des derniers fils de Pierre Martin Sylvestre, rompt avec la tradition de la terre pour apprendre le métier de cordonnier. Il s'installe à Elne où il épouse, en 1751, la fille d'un maître charpentier local. Il y décédera en 1764. Quelques dizaines d'années plus tard, entre 1839 et 1842, son petit-fils Jean Pierre François (1788~1872) quittera, avec femme et enfants, Elne pour s'installer à Fitou où il exercera la profession de tisserand à lin.

A son tour, mon grand-père, André Justafré, lui-même petit-fils de Jean Pierre, quittera Fitou pour l'Algérie vers 1889-1890. Il y arrive avec sa jeune épouse Marie Fourty, originaire de Perpignan, avec laquelle il s'est marié en 1887. Le couple a deux garçons, prénommés: Amour et Amand, qui, suivant l'expression consacrée, donneront leur vie pour la patrie au cours de la grande guerre.

Marie Fourty décède prématurément en 1891. Veuf, André se remarie, en 1899, avec ma grand-mère Marguerite Vivès (1875-1956) native de Maison-carrée. Le couple vient s'installer à Hussein-Dey où naîtront, entre 1899 et 1907, leurs quatre premiers enfants, avec dans l'ordre, trois garçons: Raoul, cheminot et conseiller municipal avec l'équipe Marty, puis les deux boulistes: Louis désiré dit 'Bébé', Aimable Victor dit ‘lolo’ et une fille Reine Marguerite, épouse Corso.

 

Famille JUSTAFRE en 1917

Puis la famille doit s'exiler provisoirement à l'intérieur des terres car André est gérant de ferme et ses activités le conduisent à se déplacer. C'est ainsi que les deux derniers enfants du couple naîtront respectivement à Gouraya et à Bordj-Menaïel. Il s'agit d'André Pierre dit 'Pierrot' qui fut un brillant joueur de l’OHD dans les années 30, et qui tint le 'café du commerce' en compagnie de son beau frère Marcel Pons dit 'Coco', et de Berthe, ma mère, épouse Pons.

La famille revient ensuite à Hussein-Dey où André décédera le 22 janvier 1917 et où les six enfants se marieront durant l'entre deux guerres. Quatre d'entre eux auront une descendance et tout le monde vivra à Hussein-dey, jusqu'à l'indépendance, harmonieusement réparti dans les différents quartiers (Lafarge, La Place, Le quartier Jordi, La Saint-Jean).

Après l'exode, la famille rentre en France et se disperse entre Nice, Béziers et Aulnay-sous-bois, dans la région parisienne. A Aulnay-sous-bois, ils sont accueillis par Louis André, fils d'Amand, qui s'y est installé au lendemain de la guerre, après sa démobilisation. Il sera donc le premier des Justafré à regagner, en 1945, la métropole confirmant, une fois de plus, cette propension des petits fils à émigrer.

Aujourd'hui, parmi les descendants des Justafré d'Elne, puis de Fitou et d'Hussein-dey, 14 personnes (5 garçons et 9 filles) vivantes ont comme nom de naissance Justafré.

 

G.P.

PS : Je tiens à remercier toutes les personnes qui m'ont aidé dans ce voyage au fil du temps et en particulier: Madame Rose Marie Parpiel, ancienne Présidente de l'Association Catalane de Généalogie pour ses précieux renseignements, ainsi que mes lointains parents: Marc et Olivier Justafré pour leur remarquable travail de recherches.

 

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