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L'HIPPODROME DU CAROUBIER
On ne peut pas parler d’Hussein-Dey, sans évoquer l’hippodrome du Caroubier, le Champ de Courses comme on disait chez nous. C’est en 1930, que mon père Joseph Piccione, entraîneur driver, embarqua à Marseille pour venir courir le GRAND PRIX du CENTENAIRE de la VILLE d’ALGER. Il n’en repartira qu’en 1962 comme la plupart d’entre nous. Etant logés sur place, c’est donc à la citée Divielle que j’ai grandi. Tous les dimanches, l’agitation battait son plein. Dès le matin, drivers et entraîneurs s’affairaient auprès de leurs chevaux. Au moment venu, c’était la présentation au Paddock devant un nombreux public avant de se ranger sous les ordres du starter. Tous les cœurs battaient : pour les uns c’était l’aboutissement d’une rude semaine de labeur, pour les autres la « la chance » de leur vie. Les autres jours de la semaine, l’hippodrome appartenait un peu à nous, les enfants. Nous aimions jouer à cache-cache dans les box des chevaux, fouiller dans les guichets, dénicher les nids d’hirondelles dans le haut des tribunes. Je me souviens des bougainvilliers qui tapissaient les murs de ces fameuses tribunes et des senteurs qu’ils dégageaient, parfumant tout l’entourage et qui se mêlaient aux appétissantes odeurs de cuisines du restaurant « Le Cheval Blanc », rendez-vous du « Tout Alger Mondain » venu se régaler tout en jouant sa fortune ! Un matin de novembre 1942, après la grosse frayeur de la nuit, nous avons eu la surprise de découvrir notre « Champs de Course » envahi par des soldats anglais. Quelle aubaine pour nous les enfants ! Finies les restrictions : bonbons, chocolats et chewing-gum nous étaient distribués sans réserves. Quant à moi, prise en affection par un soldat à qui je rappelais sa fillette, je fus particulièrement gâtée. La guerre finie, reprise des courses et de l’école. Période joyeuse, soirées dansantes chez Rhet au son de l’accordéon dans la fraîcheur de l’été et cela bien avant l’avènement du Santa Lucia et de ses musiques à « la mode ». Pour clore la saison hippique, la Nuit Bleue attirait par sa féerie toutes les élégantes de la « Capitale » venues se faire admirer dans leurs plus beaux atours. A nous, quelques fillettes dont je faisais partie, revenait l’honneur de tourner les sphères de la Loterie Algérienne. Combien d’heureux avons-nous faits sans le savoir ! Plus modeste, la fête de la Citée Divielle récompensait les meilleurs chanteurs d’un radio crochet et se terminait par un bal où toutes les familles participaient dans la bonne humeur. Les aléas de la vie m’ont momentanément éloignée de mon Champ de courses mais quelques années plus tard le destin m’a souri, car c’est à l’hippodrome du Caroubier, que j’ai rencontré André, ce beau jeune homme qui allait devenir mon mari. Quant à mon père, comme je l’ai dit au début, il a continué à courir puisqu’en 1961, comme le témoigne cet article du Journal d’Alger, il a triomphé de bout en bout dans le Grand Prix d’Automne de Trot.
En 1962, le vent de l’Histoire a soufflé sur l’Hippodrome du Caroubier. Heureusement il me reste les souvenirs.
Catherine German-Piccione. Cugnaux septembre 2007.
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