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SEQUENCE NOSTALGIE : LA GOMME MAGIQUE Je voudrais posséder la gomme magique qui me permette d’effacer les 43 ans qui m’ont éloignés de mon cher pays l’Algérie. Gommer aussi ce jour de fin juin 1962 où, ma valise à la main, je m’apprêtais à monter dans ce triste bateau qui allait m’emmener, pour toujours, vers d’autres horizons, une autre vie, une existence faites de nombreuses interrogations et d’incertitudes bien difficiles à accepter. Oui ravaler les sanglots, les angoisses, les amertumes. Ne pas se retourner sur ces années de bonheur, d’amitié et d’espérance passées dans ce pays de beauté et de lumière, aux senteurs magiques et enivrantes qui vous prennent aux tripes et fait jaillir de votre poitrine un cris déchirant d’amour et de complicité. L’Algérie était notre raison de vivre, notre ville d’Hussein-dey le berceau de notre enfance et de notre jeunesse dans lesquels nous avions placé tous nos espoirs naturels, ceux de vivre toujours sur cette terre envoûtante et bénie des dieux. Comment aujourd’hui effacer tant de regrets, toutes ces années de solitude et ces nuits sans sommeil à nous demander comment nous allions faire pour vivre loin de chez nous, à jamais privés de toutes ces beautés, de ces richesses, de ces merveilles que nous offrait chaque jour ce si doux pays…Le temps a passé sans que s’estompe, dans notre mémoire, tous ces merveilleux souvenirs continuellement abreuvés par une source miraculeuse qui vient cicatriser nos douloureuses blessures. Si je pouvais effacer tout ce temps, je quitterais ce quai maudit et ce cauchemar pour revenir dans ma maison, ouvrir les volets sur ce ciel toujours aussi bleu, toujours lumineux et apercevoir, encore et longtemps, de mon balcon, cette mer Méditerranée …Retrouver ma rue, mes voisins, mes copains, entendre à nouveau les grands éclats de rire, toutes ces expressions bien de chez nous et cette chaleur humaine qui donnaient tant de piment et de sens à notre vie de tous les jours. Revivre encore nos interminables promenades entre copains et copines, le soir à la fraîche, rue de Constantine, dans la cohue et l’odeur des brochettes. Les garçons plus ou moins sérieux mais toujours déconneurs, et les filles dans d’adorables robes d’été au sage décolleté, qui nous obligeaient à nous retourner sur leur passage en échangeant quelques sourires malicieux. Temps merveilleux de notre jeunesse et de notre insouciance, dans cette ambiance extraordinaire et gouailleuse qui émanait de tous ses cafés… Malheureusement, je n’ai pas trouvé cette gomme magique. Alors tous ces souvenirs resteront à jamais et jalousement prisonniers de ma mémoire pour m’apporter la paix et le réconfort quand ma vie va mal, quand mon moral part en éclats où qu’il est sur le point de se transformer en désespoir. Serge MOLINES.
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