|
LES CAFES D’HUSSEIN-DEY
Jamais, au cours de mon existence, dans tous les endroits où j’ai eu l’occasion de passer, je n’ai retrouvé une densité de cafés comparable à Hussein-Dey. Cette constatation m’a donné l’idée de faire revivre en quelques lignes tous ces bistrots de ma jeunesse où l’anisette coulait à flots dans la gaîté, la bonne humeur et l’amitié.
Personnages des cafés d'Hussein-Dey On reconnaît entre autres : Mrs. Huet - Justafré - Planès - Pérez - Agullo - Gomis - Baous. Autant que ma mémoire se souvienne je vais donc essayer de me reporter 50 ans en arrière et de parcourir la rue de Constantine, lieu de leur concentration, afin d’en dresser la liste. J’espère simplement, le temps ayant fait son œuvre, qu’on me pardonnera si certains échappent à mon inventaire. Commençons par mon quartier de Lafarge. Le premier en arrivant d’Alger par le pont Polignac était le café du Pont au pied de la « Cour des Miracles ».Tenu par Mr. Germain Xuereb, il avait été rasé lors de l’aménagement du carrefour. Plus loin, en face du champ de boules, se trouvait le bar des frères Jeannot et Jérôme Florit. De l’autre côté de la rue, le café était la propriété de la famille Pastor dont la fille, amie de ma mère, était ma marraine et où, enfant, pendant la guerre, je recevais des friandises de la part des troupes alliées. A l’angle des rues de Constantine et Lamoricière, le café Salord abritait les joueurs de belote (toujours les mêmes) et servait de lieu de rendez-vous aux boulistes du pont. Face à la rue Négrier, à l’angle de la rue Blandan, il y avait François Macone chez qui, adolescent, je jouais au flipper. Enfin, plus loin, sur le même trottoir, l’auberge Provençale de la famille Marchand, à la fois hôtel et restaurant, dont je me rappelle le baby-foot, était le point de rencontre des militaires de la caserne Helle. Le cercle de l’OHD, tenu successivement par Pasqualette Soubrecazes puis par Jeannot Fiol, faisait la transition vers la place. Je me remémore encore ses murs couverts des fanions de clubs que notre équipe de football avait ramenés de ses glorieuses campagnes à travers l’Afrique du Nord. On y affichait à l’entrée la composition de l’équipe du dimanche et c’est de là que partaient les cars de joueurs et supporters lorsque l’OHD se déplaçait à Boufarik, Blida, Marengo ou Guyotville.
Novembre 1958 : On fête la victoire contre Gueugnon au cercle de l'OHD. Le quartier de la Place était également bien pourvu avec les Anti-bilieux des frères Gilbert et Marcel Arlandis, le Pourquoi pas de Mr. Bertrand à côté des cycles Giraudo, le café de la Place de la famille Bagur, le Penalty de Gilbert Erhart l’ancien goal de l’OHD lieu de réunion de la jeunesse footbalistique et le café du Commerce tenu par mon oncle Pierrot Justafré et son beau-frère Marcel Pons dit ‘Coco’. C’est là que l’autre Coco, celui de l’OAD, glanait quelques pièces de monnaie en faisant la plonge et en répétant inlassablement « t’as pas gaette ».
La brasserie des Sportmen, ancêtre du Penalty, dans les années 30
Le café du Commerce en 1955 Entre la Place et la Saint Jean, le bar du vélo de Marcel Erhart, le frère du goal, faisait le coin de l’avenue Gambetta, une des rues conduisant au marché et à la mairie, à côté du bains douches Khaled. J’y jouais parfois aux cartes avec mon oncle Raoul contre Messieurs Agullo et Lloret dit ‘tchimette’ le chef fontainier de la commune. A l’angle de l’autre rue, menant au marché, qui s’appelait je crois Albert Boensh, le Pergola était réputé pour sa kémia. Il y avait aussi, à l’angle de la rue Thiers, le Tourbillon où j’allais quelquefois boire une anisette (avec beaucoup d’eau) en compagnie de camarades de la section basket de l’OHD à laquelle j’appartenais. A la Saint Jean, le Boxing bar d’Henri Megy, ancien boxeur, faisait face à l’église. D’après la rumeur, c’est là que l’abbé Jean Scotto venait boire l’anisette. C’est vrai qu’il était lui-même fils de cafetier, son père Mathieu ayant tenu dans le passé le café de la Saint Jean jouxtant le terrain de boules à côté de l’église. Dans ce quartier il y avait aussi le café Brotons (ex Bonis) au coin de la rue Parnet, l’estudiantina ainsi que le Glacier sans oublier, rue de la République, le café Frauciel disposant d’une grande salle permettant d’accueillir des mariages.
Le café de la Saint Jean A nouvel Ambert, indépendamment du café du Fort et du café Trani, je citerai principalement le café de l’Hérault, à l’angle de l’avenue Laure. C’est là qu’on pouvait déguster les brochettes préparées par Joseph Torres dit ‘Cap à Cap’ le supporter numéro un de l’OHD. Je n’oublierai pas le Bar Marmini, plus haut dans l’avenue, face à la pharmacie Lenepveu, qui accueillait les gens des quartiers Navarre et Trottier pour un dernier verre avant de rentrer à la maison.
Mr et Mme TRANI au comptoir de la Taverne du Génie Pour en finir avec cette énumération, je n’omettrai pas de citer, au quartier Léveilley, le café Castillo, qui était le plus connu et dont le propriétaire a conservé son établissement depuis sa création jusqu’en 1962. Il est à noter que les enfants Castillo étaient tous des sportifs de haut niveau, en particulier Ambroise (champion de France de lutte gréco-romaine). Un autre établissement, le café Valencia, à côté de la boulangerie Bou, contribuait à l’animation de ce sympathique quartier. Il va de soi que la fréquentation de ces différents bistrots était subordonnée à la présence, l’importance et la variété de la traditionnelle kémia qui permettait à certains de manger le soir à bon compte. Régulièrement, le dimanche soir, après les matches de l’OHD, avec mes parents et nos amis Gomez de la rue Négrier nous allions, comme ils disaient, faire le tour des églises. Qu’on se rassure, jamais plus de deux à la fois histoire pour chacun de payer sa tournée. Il reste que, nonobstant les problèmes d’alcoolisme, ces bistrots étaient d’incontournables espaces de convivialité où, bien plus qu’une boisson, c’est avant tout de l’écoute et de la chaleur humaine qu’on venait y chercher. Gilles PONS. Article paru dans la revue AEHD n° 43 (décembre 2006)
|