AEHD

 

 

LA MAISON RANDAVEL

 

La caserne Helle avant la construction de la maison Randavel

La Maison Randavel fut édifiée à Hussein dey, au début des années 1900, par Paul Randavel, entrepreneur de construction et frère du grand peintre orientaliste Louis Randavel. Elle était située quartier Lafarge, face à la caserne Helle. On l’appelait  « Maison Randavel » pour éviter la confusion avec la « Cité Randavel », qui, elle, se trouvait rue Sadi Carnot à Alger, entre la rue Polignac et le jardin d’Essai, en face de la brasserie La Gauloise.

C’était un immeuble de quatre étages, comportant quatre entrées différentes, qui correspondaient respectivement aux numéros 22 - 22 bis - 24 et 24 bis de la rue de Constantine. Chaque entrée desservait huit appartements (un seul par palier) séparés d’un demi étage, et qui donnaient alternativement et par moitié, sur la rue de Constantine et sur la rue Blandan.

La maison Randavel au début des années 1900

Tous les logements étaient équipés de balcons avec balustrade métallique sur le devant et en béton sur le derrière. Côté rue de Constantine, la vue était largement dégagée sur une grande partie d’Hussein dey, sur la colline de Kouba et les hauteurs d’Alger. Côté rue Blandan, les plus privilégiés se consolaient avec vue sur la mer (un luxe suprême aujourd’hui), sur le port d’Alger et sur La Bouzaréah, notre météo locale, dont l’observation visuelle permettait, soit disant, de prédire le temps à venir. Malheureusement, pour les quelques appartements qui bénéficiaient jusqu’alors de ce privilège, la vue mer fut partiellement occultée, à partir du milieu des années cinquante, par la construction d’un immeuble moderne dans l’angle ouest de la rue Blandan.

Un balcon donnant sur la rue de Constantine (année 1959)

Réunion de famille sur un balcon de la rue Blandan (année 1953)

L’immeuble Randavel n’étant pas pourvu d’ascenseur, l’accès aux étages supérieurs s’effectuait à la force du mollet. La descente était plus aisée, en particulier pour les gamins, qui, quelquefois, se laissaient glisser, bien imprudemment, le long de la rampe d’escalier.

La machine à laver n’existant pas à l’époque, c’est au baquet et à la force du poignet qu’il fallait laver le linge. Cette opération s’effectuait, au sommet de l’immeuble qui disposait de terrasses, avec buanderies associées. Un petit muret permettait de délimiter les terrasses en fonction des numéros de couloir. Le beau temps permettait au linge de sécher très rapidement. Les habitants se partageaient les lieux à tour de rôle, en demandant préalablement la clé à la concierge pour y accéder.

Au rez-de-chaussée, la façade donnant sur la rue de Constantine comportait quatre magasins où se succédèrent, entre autres, au fil du temps : des marchands de paille, de grains, de meubles, un matelassier et une épicerie.

Un mariage sortant du numéro 22 bis le 20 décembre 1939. Tout à gauche, avec la casquette, Garcia dit "NinNin" le matelassier.

Pour compléter la description générale de l’immeuble, il existait deux cours intérieures, respectivement communes aux numéros 22 – 22 bis d’une part et 24 – 24 bis d’autre part, d’où, aux beaux jours, lorsque les fenêtres étaient ouvertes, on pouvait entendre ce qui se passait chez les voisins, y compris les scènes de ménages. Enfin, au sous-sol, l’immeuble était équipé de caves qui servaient de refuge, pendant la dernière guerre, lorsque les sirènes annonçaient l’imminence d’une alerte aérienne ennemie.

Façade est de l'immeuble à la fin des années 50

Tous les appartements étaient composés de trois pièces : un séjour plus deux chambres avec carrelage au sol. Une cuisine, un couloir et des WC complétaient l’ensemble qui ne disposait ni de chauffage central ni de salle de bains. En semaine, on se lavait donc dans la cuisine au moyen d’une cuvette et, le dimanche, c’était direction les bains douches Khaled (le père du joueur de l’OHD), avenue Gambetta, pour le grand nettoyage. En guise de chauffage, lorsque la température baissait, une flambée d’alcool, dans les chambres, avant de se coucher, faisait l’affaire. 

Du fait de la disposition des logements, par demi étage alterné, les hauteurs sous plafond étaient très importantes. Pour changer une ampoule du lustre du séjour, il était nécessaire de rajouter une chaise par-dessus la table de repas pour pouvoir travailler aisément.

Les occupants des logements donnant sur la rue Blandan avaient l’avantage de pouvoir faire une partie de leurs courses sans sortir de chez eux. Ainsi, lorsqu’un marchand des quatre saisons passait dans la rue, avec son étalage ambulant, il suffisait de faire descendre un couffin au bout d’une ficelle, avec la commande et l’argent, et le tour était joué. 

Les balcons de la rue Blandan possédaient également un autre avantage. Comme la rue était le terrain de football favori des gamins d’alentour, ceux du premier étage, habités par des camarades de jeux, servaient de refuge au ballon que la police menaçait de nous chiper, après avoir préalablement cerné le quartier. On s'en débarrassait ainsi, avant de décamper par la voie ferrée, en traversant les cours d’immeubles y attenant.

Tous les habitants de l’immeuble étaient locataires. Heureusement, pourrait-on dire, car cela leur évitera d'être spoliés ultérieurement. Les loyers de l’époque étaient raisonnables, sans commune mesure avec la folie spéculative d’aujourd’hui. Tout le monde se connaissait et cohabitait harmonieusement, en se respectant et sans se soucier des différences de classe sociale.

Avec cinquante ans d’avance, on avait déjà inventé le concept « immeubles en fêtes », car, il nous arrivait, quelquefois, le soir,  de faire table commune avec des voisins pour partager, dans la bonne humeur et la convivialité, les victuailles que chacun apportait de chez lui.

C’était un autre temps, c’était une autre époque………..

G.P.

La maison Randavel fut détruite en 1984, pour faire place à une rocade reliant la route moutonnière au ravin de la femme sauvage.

Liste des familles ayant occupé l’immeuble dans les dernières années d’avant l’indépendance (du rez-de-chaussée au 4ième étage) :

  • Au numéro 22 : Biancotti - Bosch - Taltavull - Caruso - Longo - Ancey - Mazoyer.

  • Au numéro 22 bis : Marquès - Ozanne - Pandellé - Justafré - Pons - Fagnoni - Roman - Braquessac - German - Brudermann.

  • Au numéro 24 : Nicolas - Robillard - Piétri - Ripoll - Vincent - Lhéritier - Pons - Caviglioli - Coppa - Récamier.

  • Au numéro 24 bis : Manent (concierge) - Achard - Bornarel - Baus - Pianetti - Salord - Gentil - Foucou.

Le dernier propriétaire en date de l’immeuble fut Monsieur Trigano.

Remerciements à Gilbert Ripoll et Robert Baus pour l'aide à la reconstitution de l'identité des familles habitant l'immeuble.

 

Ci-dessous, quelques informations complémentaires, fournies par Serge Randavel, arrière-petit-fils de Paul, que nous remercions :

Paul Randavel a été Premier Adjoint à la Mairie d'Hussein-Dey. Travailleur tenace et courageux, il construisit pour les siens "de ses mains" le premier cabanon en dur (deux étages spacieux), sur pilotis à Hussein-Dey sur un emplacement acquis au Génie maritime. Enchanté de la réalisation, le Maire d'Hussein-Dey lui en commanda une à l'identique.  Le succès est tel que d'autre demandes affluèrent avec de nouveaux habitants. Très sollicité, il s'engagea avec un architecte à l'édification de nombreux groupes scolaires, logements sociaux, cités, immeubles de haut standing, ... à Alger, ses quartiers et ses environs. Paul a toujours été un homme discret, intègre, bon, loyal et respecté de tous. Il adorait sa famille et son personnel lui était fidèle."
 

Il existe dans les Cévennes, proche du Mont Aigoual, des "mas Randavel" et un "Bois de Randavel"., et ce, bien avant le XII ième siècle. Tous les Randavel ont vécu dans ces mas, sur plusieurs générations, avant de s'implanter dans divers Pays du Monde où quelques centaines portent encore le nom "Randavel".
 

retour au sommaire