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LE TEMPS DES SOUVENIRS
Passe le temps sur ma mémoire, mais laisse intact mes souvenirs !..... Je regarde par la fenêtre, Novembre est là. Le ciel est gris. Au loin, la forêt a pris ses teintes automnales et les arbres perdent leurs feuilles qui tourbillonnent avant de s’immobiliser sur le sol. Un vent léger et froid vient à bout de la résistance que mettent beaucoup d’entre elles pour rester accrocher aux branches. Elles sont le témoin de la belle saison d’été qui se termine lentement et pendant laquelle, elles ont apporté fraîcheur et ombre bienfaisantes. Dans le jardin, il reste encore quelques roses, les toutes dernières. Elles sont encore belles et ne semblent pas vouloir disparaître mais pour combien de temps ? Papillons, abeilles, coccinelles ont déserté les lieux et bientôt les mésanges viendront réclamer leur boule de graisse .Le hérisson aussi, compagnon nocturne du jardin, est allé s’endormir quelque part. La fuite des beaux jours m’attriste et j’appréhende le spectre de l’hiver qui arrivera bientôt. Tiens, voila quelques gouttes qui s’écrasent sur la vitre. Je les regarde couler lentement comme des larmes, comme celles qui ont coulé sur mon visage quand j’ai quitté, dans la solitude la plus complète, mon Algérie natale voilà maintenant tant d’années. C’était un jour de juin, il faisait un temps éblouissant. Mon doux pays ne voulait pas que je parte sous la pluie, pas même sous le moindre nuage, alors il m’offrait tout ce qu’il avait de plus beau en ce jour maudit. Un ciel d’un bleu unique, un soleil éclatant et une chaleur douce et généreuse pour réchauffer ce cœur meurtri qui battait dans ma poitrine. Je ferme les yeux sur cette nature qui se dégrade pour les ouvrir sur d’autres lieux, d’autres horizons lointains. Je m’évade lentement, porté par une envie irrésistible de retrouver mon passé là-bas dans ce pays Merveilleux où je suis né. Mon âme vagabonde au-delà de la mer, je fais le chemin à l’envers. Mon dieu qu’il est bon de retrouver ma maison aux murs blancs et aux volets bleus. Je revois maman assise sur le grand balcon en train de lire le journal. Juste en dessous, dans notre jardin, à droite un citronnier, à gauche un oranger, au milieu un gigantesque bougainvillée et contre le mur un immense jasmin qui remplissait je jardin d’un parfum capiteux qui se mêlait habillement à celui du citronnier et de l’oranger. Je me souvenais de ces petites musulmanes du quartier qui venaient ramasser les petites corolles blanches pour en faire de longs colliers. Je pense aussi à tous nos jeux d’enfants, nos baignades au piquet blanc. Combien de fois nous l’avons empruntée cette passerelle et ce petit chemin qui longe le cimetière en poussant nos bouées qui ressemblaient « étrangement » à des chambres à air de roues de voiture. Un air frais souvent chargé de sable s’engouffrait dans ce petit chemin et venait fouetter nos visages. Au bout, il y avait la route Moutonnière, les dunes, la plage, l’évasion. Et cette délicieuse mouna que nous allions déguster dans forêt de Kouba juste au dessus de chez nous. Dés le matin, on pouvait apercevoir des familles entières gravir la Rue Louis Barthou et se diriger vers la forêt avec le cabassette. La soubressade, l’anisette et le vin rosé frais, avaient ce jour là un rôle particulier à jouer : celui de réunir, de partager, d’être tout simplement heureux. Tout se passait dans la bonne humeur, il faisait beau et nos rues résonnaient toujours de cris et de rires d’enfants. L’Eté, pour nous remettre des fortes chaleurs de la journée, nous prenions le frais devant la porte, instant magique et sans pareil pendant lequel nos parents refaisaient le monde. Je continue à tourner les pages de mon album de souvenirs. Nous sommes maintenant de jeunes hommes et de jeunes filles, on arpente la rue de Constantine dans une atmosphère joyeuse bruyante et nonchalante. On se croise, on se retourne, on se sourit. Tout à l’heure, le bal va nous permettre de faire plus ample connaissance, nous rapprocher pour des danses endiablées ou nous enlacer pour un tango langoureux ….. Un jour il a fallu dire adieu à tout cela, quitter le cœur lourd ce pays magique et féerique pour nous installer dans un pays différent, bien loin de nos coutumes, de notre façon de vivre et de notre façon de nous exprimer. Comme tu vas nous manquer. Comme la vie va être difficile sans toi ……….. Belle terre d’Algérie écrasée de soleil et de passion, nous avons toujours eu une pensée affectueuse pour toi et laissé en ton sein, une partie de notre cœur. Tu as regardé tes enfants se tourner le dos et se séparer dans le bruit infernal des armes toujours plus fort, toujours plus cruel, toujours plus violent, ne laissant derrière lui que déchirements, larmes, peines et deuils. Les années ont passé et nous avons pu un jour nous retrouver avec émotion et pudeur, comme deux êtres qui s’aiment et qui se rencontrent pour la première fois. Nos gestes sont timides et maladroits, nous ne savons quoi dire, quoi faire. Instant magique où nous nous retrouvons enfin, chacun essayant de partir à la conquête de l’autre. Toutes ces senteurs de jasmin, de citron, d’orange, de menthe, de cumin, de cannelle éveillent en nous de tendres souvenirs qui remontent à la surface et viennent illuminer nos yeux de millions d’étoiles. Oui, passe le temps sur ma mémoire et laisse intact mes souvenirs ….laisse moi encore longtemps la possibilité de me souvenir de ce passé car il a été, tout au long de ma vie, un précieux réconfort, un refuge. Le temps est venu de refermer l’album de ces merveilleux souvenirs. Je sors de mes pensées sans avoir pleuré, je fais de gros progrès …. Serge MOLINES
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