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TROIS HUSSEIN-DEENS AU PETIT CLAMART

LE 22 AOUT 1962

Fin mai 1962, l’accélération des évènements en Algérie fit que le sursis dont je bénéficiais, pour quelques temps encore, fut supprimé. Je  fus convoqué, le 13 juin 1962, au matin, avec d’autres garçons de mon âge, au camp militaire du Lido, pour rassemblement avant transfert en Métropole, en exécution de l’ordonnance n° 62574 du 17 mai 1962. Après comptage, nous fûmes entassés dans des GMC à destination de l’aéroport de Maison Blanche où un DC 6 de la compagnie TAI, qui devait plus tard fusionner avec l’UTA pour former l’UAT, nous attendait pour nous conduire à Paris.

Ordre d'appel sous les drapeaux

Nous effectuâmes le trajet entre le Lido et Maison Blanche sous la protection d’une escorte d’autos mitrailleuses. Le long du parcours, nous traversâmes des villages sous les quolibets et les insultes de jeunes Algériens, très heureux de nous voir déguerpir définitivement.

Le voyage en avion dura quatre heures sans problème particulier. Nous atterrîmes, en début de soirée, à l’aéroport du Bourget. A la descente d’avion, en guise de haie d’honneur, nous eûmes droit à deux rangées de CRS, mitraillettes au poing, au milieu desquels nous débarquâmes comme de vulgaires terroristes.

L’affectation au sein des différentes unités s’effectua sans attendre. Pour les réservés Air, dont je faisais partie, à l’issue de ma scolarité à l’Ecole de l’Air de Cap Matifou, trois destinations étaient proposées : Doullens dans la Somme, Romilly dans l’Aube et enfin Villacoublay dans la région Parisienne. L’ordre alphabétique décidant de la répartition, je me retrouvais donc, avec quatorze autres compagnons, rattaché à la classe 62-2 et dirigé vers la base aérienne 107 de Villacoublay.

Sur les quinze, nous étions quatre Hussein-déens : Alain NAVARRO de la cité Brossette, Jean Claude MEYER, André SANCHEZ de l’impasse Claudot et moi-même. Après un séjour de trois jours à la base aérienne de Dugny, pour les premières formalités, on nous transféra vers Villacoublay. Nous démarrâmes aussitôt nos classes au GLAM (Groupement de Liaisons Aériennes Ministérielles). Après le drame que nous venions de vivre, on fit tout pour nous rendre la vie agréable au point de placer notre instruction sous la responsabilité d’un officier Pied - Noir, le Capitaine Françon.

VILLACOUBLAY 1962

En partant de la gauche : Les hussein-déens : André SANCHEZ (2) - Gilles PONS (5) - Jean Claude MEYER (6).

 

VILLACOUBLAY 1962

De Gauche à droite et de Bas en Haut les Hussein-déens: 1er rang : Jean Claude MEYER (3) - Gilles PONS (4) , 2ième rang : André SANCHEZ (1), en haut, torse nu et les bras en V : Alain NAVARRO.

 

Le 4 août 1962, l’ordonnance 62908, nous offrit la possibilité de quitter provisoirement l’armée pour récupérer nos sursis afin de poursuivre nos études. Quelques camarades profitèrent de cette aubaine pour retourner  à la vie civile. Avec les autres Hussein-déens nous décidâmes de rester jusqu’à la fin de notre service actif.

A la fin de nos classes, période durant laquelle nous fûmes privés de sortie, nous enchaînâmes directement le peloton, au début du mois d’août. Le régime s’adoucit quelque peu puisque, pour la première fois, le soir nous pûmes enfin sortir en quartier libre.

Le 22 août 1962, après le repas du soir, pris à l’ordinaire troupe, avec André SANCHEZ et Pierre LINSCHEID, un camarade Algérois, qui disposait d’une voiture, nous partîmes tous trois faire un petit tour à Paris. Vers 20 heures, sur le chemin du retour à la base, par la porte de Châtillon, nous nous arrêtâmes pour prendre une boisson, dans un café du Boulevard Pierre Brossolette à Montrouge.

Après nous être rafraîchis, sortant du bistro pour regagner notre voiture, nous vîmes passer devant nous deux DS noires, escortées par deux motards, qui se dirigeaient vers la Province. Le temps de redémarrer, nous reprîmes la route à quelque distance derrière le convoi.

Arrivés au Petit Clamart, nous fûmes attirés par un petit attroupement indiquant qu’il venait de se passer quelque chose d’anormal. Par curiosité, nous descendîmes de voiture et nous fûmes de suite saisis par la forte odeur de poudre qui régnait dans l’Air. Visiblement, on venait de tirer à de nombreuses reprises et vraisemblablement sur les fameuses DS noires.

Sur le bas côté de la route, il y avait un homme légèrement blessé à la main. C’était le propriétaire d’un véhicule Panhard qui circulait en direction de Paris et qui avait été  atteint par une balle égarée. J’apprendrais, 40 ans plus tard, qu’il se nommait curieusement FILLON.

Sans poser de question, nous réprimes notre chemin en direction de la base. C’est par les sentinelles du poste de garde que nous apprîmes, quelques minutes plus tard, qu’il s’agissait d’une attaque contre le véhicule Présidentiel, lequel venait de franchir la porte d’entrée en roulant sur les jantes arrière.

Quelle ne fût pas notre surprise, d’apprendre par la presse, quelques semaines plus tard, l’arrestation et l’implication dans cette affaire de notre ancien camarade de classe de l’école Jules ferry, Pierre MAGADE du quartier Jordi.

C’est au cours d’un banal contrôle de Police, à Tain - l’hermitage, dans la Drome, dans la nuit du 4 au 5 septembre, et parce que son véhicule était immatriculé en Algérie, que Pierre MAGADE sera arrêté par un barrage de gendarmerie. Ses papiers semblaient en règle mais, en consultant un fichier, le chef du barrage s’aperçut que son nom figurait parmi la liste des déserteurs.

Amené dans les locaux de la PJ de Lyon pour interrogatoire supplémentaire, il avouera sans difficulté aux inspecteurs, qui n’en espéraient pas temps, sa participation à l’attentat du Petit Clamart. Dans un premier temps, ces derniers n’en croyant pas un mot lui lancent « Ce n’étaient pas des minables petits déserteurs de ton acabit qui se trouvaient là-bas, mais des durs ! Qu’est-ce que tu pourrais savoir sur cette affaire ?  »

Ce à quoi MAGADE répondit aux policiers sidérés : « Tout ! Puisque j’y étais. »

Ainsi, par un de ces curieux hasards de l’histoire, trois Hussein-déens, de surcroît anciens camarades de classe, se trouvèrent, bien loin de chez eux, au même moment sur les lieux de ce que l’on peut considérer comme un évènement politique et historique majeur.

Gilles PONS

Les circonstances de l’arrestation de Pierre MAGADE sont tirées du livre de l’écrivain Granvillais Georges FLEURY  : « Histoire secrète de l’OAS  » aux éditions GRASSET.

 

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