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LES COLONIES DE VACANCES

YAKOUREN

La municipalité d'Hussein-dey disposait à Yakouren, en Kabylie, d'un centre de vacances dont tous les enfants de la ville purent profiter jusqu'au début des évènements.

 

La magnifique fôret de chènes-lièges (Photo Robert MOLL)

 

Photo Robert MOLL

Rang du milieu : 3ième à gauche : Jean Louis MOLL - avant dernier : Yves DESMARETS  # Rang du bas : au milieu : Robert MOLL.

 

Colonie année 1950 (Photo Jacky JUSTAFRE)

Sur cette photo Yves DESMARETS futur Champion de France de boxe poids plume.

 

Une anecdote sur la colonie :

L'article "Yves Desmarets, boxeur tranquille" m'a remis en mémoire  un événement survenu à Yakouren. C'était en 46/47, en colonie de vacances. J'avais 6 ans et le groupe des "petits"dont je faisais partie allait,  le plus souvent, au "Bois Sacré" qui n'était pas très loin du camp. C'était une belle forêt de chênes-lièges où nous nous égaillions. Ce matin-là, les moniteurs organisèrent une partie de ballon. Au premier shoot, le ballon roula vers le fossé. Je courus le chercher et me retrouvai dans le fossé. Les moniteurs me tirèrent du bourbier, hélas ! Avec une entorse à la cheville. Je fus "condamné" à passer l'après-midi au camp, assis au pied d'un arbre. Au retour de leur promenade, les colons jouaient dans l'espace boisé jouxtant les bâtiments, attendant l'heure du rassemblement. C'est alors qu'un "grand" grimpa, avec hardiesse, à l'arbre au pied duquel l'infirmière m'avait installé. Malheureusement, au sommet de l'arbre, le grimpeur perdit l'équilibre et chuta lourdement devant moi. Il se releva, grimaçant, en se tenant le bras. Je ne me souviens plus de la gravité de sa blessure. Ce "casse-cou", c'était Yves Desmarets. (*)

La suite de cette histoire me concerne personnellement. En effet, l'entorse à la cheville me "cloua" au pied de l'arbre jusqu'à la fin du séjour et je ne pus participer à aucune activité pendant deux semaines, à part une corvée de "pluches" à la cantine. Cette inactivité me profita et je pris quelques kilos. Au  retour de cette première  colonie de vacances, ma mère me retrouva si replet qu'elle s'écria : " L'air de la forêt t'a fait du bien. L'année prochaine tu retourneras   à Yakouren avec ton frère ! " C'est ainsi qu'avec mon frérot , nous eûmes  la joie de découvrir, jusqu'en 50, les beautés de ce petit coin de Kabylie : le Bois Sacré où nous cherchions les patates de cyclamen, les Trois Rochers de la Panthère au pied desquels nous trouvions des exuvies    de serpents , la Fontaine Fraîche , à l'eau fortement ferrugineuse,
sur la route d'Azazga, où nous n'avions le droit de boire que de  petites gorgées , au retour de la promenade ... Cette survivance, dans ma mémoire, de ces événements passés est ancrée en moi car je n’ai connu « là-bas » qu’Hussein dey et Yakouren.

Robert MOLL

(*) La suite de cet histoire démontra qu'Yves Desmarets ne fut pas trop handicapé par sa blessure au bras, qui ne l'empêcha pas, quelques années plus tard, de devenir champion de France de boxe, catégorie poids plume.

 

   Après les deux petites anecdotes de mes séjours à Yakouren, je voudrais rendre hommage aux personnes qui nous encadraient et prenaient soin de nous. Je ne me rappelle plus, ni de leur visage, ni de leur nom, mais, soixante ans après, je me souviens combien chacune d'entr'elles avait à coeur de remplir son rôle et nous rendre le séjour agréable.

L'infirmière, dans son wagon des CFA, soignait les petits bobos avant le départ en promenade.  Lorsque le mal était plus grave, elle conduisait le malade à Azazga pour y consulter le médecin. Les cuisinières étaient à la tâche de bon matin pour préparer petit déjeuner, déjeuner, goûter qui se composait d'une tranche de pain avec un carré de chocolat noir ou d'une patate douce cuite au four et d'un verre de "coco", enfin le dîner. Bien sûr, elles avaient aussi l'entretien de la vaisselle et du réfectoire. Les lingères, peut-être les cuisinières ?, nous échangeaient notre linge, chaque samedi après ou avant la douche.

Enfin, les moniteurs. Nous étions avec eux du matin au soir. Ils faisaient preuve d'ingéniosité pour nous occuper. Qui se souvient des veillées du samedi soir ? Les saynètes jouées sur la terrasse séparant le dortoir du réfectoire où nous étions tous rassemblés pour assister au spectacle préparé en secret. Le peintre qui installe son chevalet sur une plage ensoleillée : " La mer est bleue, je mets du bleu. Le ciel est bleu, je mets du bleu. Qu'il est beau mon tableau !"L'accidenté de la route qui arrive, aux urgences, à l'article de la mort et qui geint et à qui l'infirmier assène un coup de massue en disant : " Quand on est mort, on ne parle pas !" . Le "paysan" qui vient prendre livraison de sa  4CV, l'inspecte dans tous ses détails ...soulève le capot  et qui hurle au vendeur : " Vous vous moquez de moi ! Vous me vendez une auto sans moteur !" Ces sketchs déclenchaient des quolibets, des éclats de rire et des applaudissements. Enfin, la dernière veillée, plus solennelle, se  déroulait sur la place, lieu des rassemblements, autour d'un feu de bois et au cours de laquelle nous reprenions, en choeur, tous les chants appris pendant le séjour. C'était notre façon de remercier toutes les personnes qui, pendant un mois, avaient été si attentionnées.

Robert MOLL

 

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